On le sait, Barak Obama a pu remporter un second mandat grâce au Big Data, la collecte et le traitement automatisé de gigantesques quantités de données.

Dans le monde de l’économie et de la finance, ces méthodes déjà largement utilisées sont, depuis quelques années utilisées dans le cadre de campagnes électorales. Les politiciens, à l’image de Barak Obama, se contentaient d’utiliser les réseaux sociaux et particulièrement Facebook.

Donald Trump, qui on ne peut pas le nier, est un homme d’affaire brillant, a su s’entourer des bonnes personnes pour gérer sa campagne présidentielle, et n’a pas hésité à engager Matt Braynard, président du Braynard Group et ancien conseiller de Barak Obama.

Alors que les autres candidats, tant aux primaires que durant l’élection présidentielle, se contentaient de mobiliser leur électorat en se basant sur les habitudes de votes, le génial Braynard s’est concentré sur le fait de convaincre la majorité silencieuse de se déplacer pour aller voter. Convaincus que ce serait en augmentant le nombre de votants, que la victoire serait assurée.

Et on a vu le résultat !

L’équipe de Braynard s’est mise en charge de construire un profil psychologique pour identifier des électeurs « privés de droits », « riches de la sagesse de l’Ancien Testament » et avec « une vue très peu nuancée du monde ». Quoi que cela puisse bien vouloir dire aux Etats-Unis ! Sans doute avec raison, ces profils seraient alignés de façon réaliste avec les propres points de vue de Trump sur l’effritement de la sécurité nationale aux États-Unis.

Une analyse informatique, sociologique, géographique et statistique, de ces électeurs a permis un découpage en groupes et de savoir, par exemple, quels arguments pousseraient plus les femmes célibataires, ou les jeunes, ou même les hispaniques, à se mobiliser. Elle permit de cibler les pubs, coups de fils et appels à donations.

Le jour du scrutin, en temps réel depuis son QG de New York, la campagne pouvait voir au quartier près dans quels endroits les personnes allaient voter et dans quels endroits c’était plus difficile pour y concentrer leurs bénévoles et mobiliser les électeurs. La campagne d’Hillary Clinton ne pouvait pas rivaliser avec une telle organisation et se trouva face à une cinglante défaite, bien plus forte que le scrutin très serré annoncé par les sondages nationaux etfondés sur la supposition d’un électorat moins mobilisé.

On peut logiquement et sans risque d’erreurs, dire que la campagne de Donald Trump a, au moins en grande partie, été remportée grâce au Big Data.

L’analyse statistique et les algorithmes de Data Science, peuvent dénicher des corrélations et des relations auxquelles nous n’avions pas accès avant.

Mais le Big Data c’est d’abord un phénomène qui nous oblige a repenser complètement l’organisation de l’économie. Les entreprises doivent les utiliser pour mieux définir les prix idéals pour un produit ou quel marché cibler en priorité, etc.

Le marketing n’est pas le seul domaine touché par la révolution du Big Data. La distribution et la logistique sont également affectées. Le Big Data permet de définir la meilleur façon d’apporter le bon produit au bon endroit au bon moment et ainsi de gagner les précieux micro-points de marge qui permettent de battre ses concurrents.

Et maintenant la politique : il est certain que les professionnels de la politique du monde entier, vont s’inspirer de ce qu’a fait l’équipe de Donald Trump cette semaine.

Beaucoup des problèmes les plus importants sont des problèmes de traitement de données : comment faire fonctionner un réseau énergétique pour ne plus gaspiller d’énergie ; comment organiser la circulation dans une ville ; comment acheminer les produits d’un endroit à un autre, ou comment le cibler. Et ainsi à l’infini.

Le Big Data ne remplace pas la nécessité de la prise de décision, mais c’est une aide phénoménale à la prise de décision et potentiellement une révolution de productivité comme les deux précédentes ères de l’informatique.

Cette semaine, la Big Data a peut-être changé le cours de l’histoire en choisissant l’identité du président des Etats-Unis. Et ça ne fait que commencer.

Mais la question qui nous intéresse nous est la suivante :

Est-ce que cette nouvelle administration américaine, qui a su habilement utiliser les nouvelles technologies pour arriver à ses objectifs, va être en mesure d’investir l’argent nécessaire pour financer les recherches dans ces mêmes nouvelles technologies (l’informatique quantique, le learning machine…)? Est-ce que cet investissement permettra de refaire des Etats unis « un grand pays de nouveau » et entraîner dans son sillage, une Europe qui plus que jamais est à la traîne ?

Espérons que l’usage, qui sera fait de ces nouvelles technologies, permettra d’améliorer la situation du monde et ne se contentera pas d’atteindre un objectif éphémère. Des moyens technologiques avancées pour atteindre des buts honorables ne permettraient-ils pas de rendre à notre si beau métier d’informaticien les lettres de noblesses qu’il mérite.